Ce qu'il reste à faire : placer l'accent tonique au bon endroit, prononcer les consonnes finales, et repérer les mots communs qui ont changé de sens.
Vous venez sans doute d'une recherche très simple : un mot, sa traduction, et vous repartez. Sauf que la page trouvée voulait vous apprendre l'alphabet et deux formules de politesse. Ce n'est pas là que vous en êtes.
Un francophone qui apprend l'anglais ne part jamais de zéro, et l'avance est énorme. Près de trois mots anglais sur dix viennent du français, hérités de 1066 puis de six siècles de copie. Presque tout le vocabulaire en -tion, en -able, en -ence, l'essentiel du lexique abstrait, juridique, administratif et scientifique : nation, condition, possible, important, necessary, experience. Vous possédez ces mots sans les avoir appris. Un Turc ou un Coréen qui apprend l'anglais ne reçoit rien de tel.
Cette avance se paie, et la facture arrive en trois fois.
D'abord les faux amis, la partie connue. Une centaine de mots communs ont divergé d'un côté ou de l'autre de la Manche : déception n'est pas deception, actuellement n'est pas actually. Leur nombre n'est pas le problème. Le problème est qu'on ne vérifie jamais un mot qui semble familier, donc les erreurs se logent exactement dans les mots dont vous étiez le plus sûr.
Ensuite le registre, moins visible et plus coûteux. L'anglais possède souvent deux mots pour une même idée : un mot court d'origine germanique et un mot long d'origine française. Vous prenez spontanément le long, parce que c'est celui que vous reconnaissez. Commence plutôt que start, demand plutôt que ask, assist plutôt que help. Rien de faux là-dedans, et pourtant votre anglais sonne comme un contrat.
Enfin l'accent tonique, dont on ne vous a probablement jamais parlé à l'école, et qui coûte plus cher que tous les sons réunis. Le français accentue la fin du groupe de mots, toujours, et les syllabes à l'intérieur du groupe se valent. L'anglais accentue une syllabe précise à l'intérieur de chaque mot, à une place imprévisible que le dictionnaire fixe une fois pour toutes, et il écrase tout le reste. Un anglophone reconnaît un mot d'abord à sa silhouette rythmique. Déplacez l'accent et le mot devient introuvable pour lui, même si chaque son est correct.
Les trois parties qui suivent traitent ces sujets dans cet ordre :
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Conseils pratiques et stratégies efficaces pour francophones qui apprennent l’anglais, avec exemples concrets anglais/français.
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Les faux amis entre le français et l'anglais ne sont pas des coïncidences. Ce sont des mots que l'anglais a empruntés au français à une date précise, après quoi les deux langues ont continué leur route et le sens a glissé d'un seul côté. C'est ce qui les rend dangereux : ils ne ressemblent pas à des mots étrangers, ils ressemblent à des mots à vous. On vérifie un mot inconnu, on ne vérifie jamais un mot familier.
Commencez par ceux qui reviennent tous les jours au travail. Actuellement se dit currently ; actually veut dire en fait, et sert souvent à corriger l'interlocuteur. Éventuellement se dit possibly ou if necessary ; eventually veut dire finalement, à terme, et transforme une hypothèse en promesse : We can eventually deliver on Friday engage la livraison, alors que vous vouliez dire We can deliver on Friday if necessary. Un délai de deux semaines devient a two week deadline ; écrire a two week delay annonce un retard. Et demander se dit to ask ; to demand signifie exiger, donc I demand a meeting est une sommation, pas une requête.
Vient ensuite le noyau dur, celui qui change le contenu de ce que vous dites :
La deuxième partie de la facture n'est pas une erreur de sens mais une erreur de registre, et personne ne vous la signalera jamais. Quand les Normands ont imposé leur vocabulaire, l'anglais a gardé ses mots germaniques pour la vie quotidienne et rangé les mots français du côté officiel. Il en reste des paires entières où les deux mots sont justes et n'ont pas le même poids : start et commence, ask et demand, help et assist, buy et purchase, get et obtain, let et permit. Vous choisissez toujours le second, parce que c'est celui que vous reconnaissez sans effort, et le résultat est un anglais impeccable et froid, celui d'une notice administrative.
Le même réflexe vous fait éviter les verbes à particule, qui sont la vraie langue courante et n'ont aucun équivalent structurel en français. Là où le français a un seul verbe d'origine latine, l'anglais quotidien en a deux petits : find out pour découvrir, put off pour reporter, call off pour annuler, look after pour s'occuper de, give up pour abandonner, run into pour tomber sur quelqu'un. Un apprenant qui ne reçoit pas ce cadeau de vocabulaire est obligé de les apprendre. Vous, non : le mot latin marche, alors vous restez à l'extérieur de la langue parlée.
La règle pratique tient en une phrase : méfiez-vous exactement au moment où le mot vous paraît évident. Avant d'envoyer un devis, un contrat ou une candidature, relisez en ciblant les mots dont vous n'avez pas douté une seconde.
Commençons par ce qui compte vraiment, et qui n'est presque jamais enseigné : l'accent tonique. Le français n'accentue pas les mots, il accentue les groupes. La voix monte légèrement sur la dernière syllabe pleine du groupe rythmique, et à l'intérieur du groupe toutes les syllabes durent à peu près autant. L'anglais fonctionne à l'opposé : chaque mot porte une syllabe forte inscrite dans le dictionnaire, les autres sont écrasées, et le rythme de la phrase saute de syllabe forte en syllabe forte sans se soucier de ce qu'il y a entre.
Conséquence directe : les mots que vous connaissez déjà, ceux qui viennent du français, sont précisément ceux où vous placez l'accent au mauvais endroit. Vous dites naturellement comforTABLE, vegeTABLE, choCOlate ou inteRESting, là où l'anglais dit COMfortable, VEGetable, CHOcolate et INteresting. Le cas de photograph mérite d'être appris par cœur, parce qu'il montre le mécanisme entier : PHOtograph, phoTOgraphy, photoGRAPHic. Trois mots de la même famille, trois accents différents, et les voyelles changent de qualité en même temps que l'accent se déplace. En français, photographie et photographique gardent tous deux leur accent à la fin, donc rien dans votre langue ne vous prépare à ce mouvement.
L'autre face de l'accent tonique est la réduction. En anglais, une syllabe non accentuée ne se prononce pas seulement plus faiblement : elle change de voyelle et devient un son neutre, souvent presque inaudible. Comfortable se dit en trois syllabes réelles, chocolate en deux. Le français donne à chaque voyelle écrite sa valeur pleine, ce qui rend vos mots plus longs et plus réguliers que les mots anglais correspondants. La bonne nouvelle est que le mécanisme existe déjà chez vous : le e caduc de petit, de je te le dis ou de samedi disparaît dans la conversation courante sans que vous y pensiez. Il s'agit de l'appliquer à des endroits différents, pas d'apprendre une gymnastique inconnue.
Vient ensuite une habitude qui efface de la grammaire : les consonnes finales. Le français en prononce peu, et surtout il place une grande partie de sa grammaire dans des lettres muettes. Chat et chats se prononcent pareil ; je parle, tu parles et ils parlent se prononcent pareil. L'information est portée par le déterminant ou le pronom, et votre oreille a donc appris que la fin des mots ne transporte rien. En anglais, elle transporte presque toute la morphologie : le s du pluriel, celui de la troisième personne, celui du possessif, le ed du passé, le t final de kept. Avaler ces consonnes ne produit pas un accent, cela supprime une information : he walked devient he walk et l'interlocuteur perd le temps du verbe. C'est probablement le point où un effort modeste rapporte le plus.
Les sons manquants, maintenant, dans l'ordre de leur coût réel. Le th sonore de the, this, they, them et there passe avant tout le reste, simplement parce que ces mots sont les plus fréquents de la langue : remplacé par un z, il revient plusieurs fois par phrase et devient la signature de l'accent français. Le th sourd de think est beaucoup plus rare et le contexte le rattrape, sauf dans la paire three et free. Dans les deux cas, la pointe de la langue passe entre les dents, à peine, et le souffle est plus faible que vous ne l'imaginez.
Les voyelles ensuite. Le français n'a pas de voyelles relâchées : son i est toujours tendu. L'anglais oppose une voyelle tendue et une voyelle relâchée dans quatre paires au moins, et vous entendez les deux membres comme un seul son : ship et sheep, live et leave, full et fool, cat et cut. Deux mots très courants, beach et sheet, deviennent grossiers quand la voyelle est mal placée, ce qui suffit à justifier dix minutes de travail. La voyelle relâchée est plus molle et se forme plus au centre de la bouche ; elle n'est pas simplement plus brève. En sens inverse, vous possédez un son que l'anglais n'a pas du tout, le u de tu.
Restent deux détails qui trahissent moins qu'on ne le croit. Le r anglais ne se fait pas dans la gorge, et surtout, en anglais britannique standard, le r après voyelle ne se prononce pas du tout : car, park et mother n'en contiennent aucun, donc un r uvulaire à ces endroits ajoute un son qui n'existe pas dans le mot. Quant aux voyelles nasales, l'anglais n'en a aucune : dans important ou time, la voyelle reste orale et la consonne nasale doit s'entendre après elle. Enfin, un avantage à garder : l'enchaînement. Vous liez déjà les mots sans y penser, et l'anglais fait la même chose, not at all se disant no ta tall. Beaucoup d'apprenants doivent apprendre à lier ; vous, non.
La grammaire anglaise contient peu de choses qui n'existent pas en français. Elle contient en revanche plusieurs formes qui ressemblent trait pour trait à des formes françaises et qui ne s'emploient pas au même moment, ce qui est bien plus difficile à corriger qu'une absence.
Le cas principal est le present perfect. Sa fabrication est identique à celle du passé composé : un auxiliaire au présent et un participe passé. J'ai vu donne I have seen, terme à terme. Le problème est que le passé composé est devenu le passé ordinaire du français parlé, celui qui raconte des événements datés, alors que l'anglais interdit le present perfect dès qu'un moment passé précis apparaît. Je l'ai vu hier ne donne donc jamais I have seen him yesterday, mais I saw him yesterday. Le present perfect sert à autre chose : un événement sans date qui compte maintenant, comme I have lost my keys, ou un bilan, comme I have been to Japan three times. La règle opérationnelle est simple : si vous pouvez ajouter une date, prenez le prétérit. Aucune variété de l'anglais n'accepte le perfect avec une date passée, pas même l'américain, qui par ailleurs emploie le prétérit là où le britannique exige encore le perfect.
Le même piège se referme sur depuis, en deux temps. D'abord le choix du mot : for devant une durée, since devant un point de départ. Ensuite, et c'est la vraie difficulté, le français utilise le présent là où l'anglais exige le perfect. J'habite ici depuis cinq ans donne I have lived here for five years, jamais I live here since five years, qui cumule les deux erreurs dans la même phrase. Le voisin de depuis se comporte à l'inverse : il y a cinq ans se dit five years ago et demande un prétérit.
Troisième forme, la forme progressive. On lit souvent que le français ne la possède pas, ce qui est inexact : être en train de fait exactement ce travail. La différence est qu'elle est facultative en français et obligatoire en anglais. Je mange couvre à la fois I eat et I am eating, et l'anglais vous oblige à trancher à chaque phrase. Demander What do you do à quelqu'un d'occupé revient à l'interroger sur son métier ; la question était What are you doing. Une fois la forme acquise, l'excès guette, car certains verbes la refusent : on dit I know her, pas I am knowing her.
Les questions se reconstruisent moins qu'il n'y paraît : l'inversion existe en anglais et fonctionne comme la vôtre avec be, have et les modaux, comme dans Have you finished. Ce qui n'a aucun équivalent français, c'est do devant tous les autres verbes. Voyez-le comme le est-ce que de l'anglais, à ceci près qu'il prend le temps à sa charge et renvoie le verbe principal à sa forme nue : Did you go et non Did you went.
Viennent ensuite trois habitudes courtes qui se glissent partout. La première tient en une ligne : le français décrit les états avec avoir et l'anglais avec be, donc j'ai trente ans donne I am thirty, comme I am hungry, I am cold et I am afraid.
La deuxième : les noms indénombrables. Le français met au pluriel des mots que l'anglais refuse de compter. Information, advice, furniture, luggage, homework, research et progress n'ont pas de s et prennent un verbe au singulier : on dit I need some information ou a piece of advice. Le miroir de ce piège est news, qui porte un s et reste singulier, comme dans the news is good.
La troisième : la place de l'adjectif. L'anglais le met toujours avant le nom, et le français fait porter du sens à sa position, ce que l'anglais ne peut pas imiter. Un ancien élève et un meuble ancien deviennent a former student et an antique piece of furniture ; un grand homme et un homme grand deviennent a great man et a tall man. Quand la position portait la nuance, il faut changer de mot.
Un mot enfin sur on, qui n'a pas de traduction unique et pousse à un faux ami grammatical. One existe, mais il est très formel et sonne guindé dans une conversation. Selon le sens, on devient we, you, they, people, ou tout simplement un passif : on m'a dit que donne I was told that et on ne sait jamais donne you never know.
Terminons par un endroit où le français vous donne l'avantage, et il est plus grand qu'on ne le dit. On vous a répété à l'école que les si n'aiment pas les rais. Cette règle est mot pour mot la règle anglaise contre if I would, et la correspondance tient sur les trois systèmes : si tu viens, je serai content donne if you come, I will be happy ; si tu venais, je serais content donne if you came, I would be happy ; si tu étais venu, j'aurais été content donne if you had come, I would have been happy. Trois sur trois, dans le même ordre. Autre avantage discret : le français oblige à exprimer le sujet, donc il pleut vous prépare à it is raining sans effort, alors qu'un hispanophone doit apprendre à poser ce it qui ne désigne rien.
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